Un jour de nuit Titre provisoire / création automne 2028

Les auteurs en parlent...

Babouillec / Janvier 2026
Echo de lune, noir comme un soleil sous terre, ressemble à une poésie de nez de clown.La poétique de la vie dans ma langue muette s’articule inlassablement avec le sérieux du dérisoire, comme "Un jour de nuit".

Thomas Vinau / Février 2026
Je ne suis pas Tópec, il n’est pas mon double, je ne suis pas sa voix. Tópec est un monde entier, un pays, un chemin, vers lequel il m’arrive d’essayer d’aller. Je vais à sa rencontre, je marche dans sa nuit, et comme il fait nuit et que tout y grouille et que tout y vit, j’allume des mots. Je l’éclaire avec des mots. Je mets des mots sur le chemin de Tópec pour y voir plus clair et aller jusqu’à lui. Lorsque je le rencontre il me donne des yeux, des odeurs, il m’ouvre des portes avec ses sens, avec son sens. Et en échange à nouveau je lui donne des mots. Tópec et moi on se fait du bouche à bouche, on s’échange de l’air et des verbes, l’énergie des phrases contre les images. Trophalaxie de luciole, donnant-donnant de fourmis.

Vincent PETIT / Février 2026
Tópec est un univers qui s’écoute. Sa partition est celle de l’infime élevé au rang de poésie.
Il y a d’abord la matière… Ses sons ne sont pas de simples bruits, ce sont les battements de cœur d’une logique à lui. C’est une musique de l’instant, faite de bascules et de suspensions, où l’inerte vibre au rythme de ses hésitations.
Puis il y a le souffle… ce courant qui anime sa silhouette et transforme le silence en une électricité sensible. 
Quitter le plein air pour entrer sur le plateau, c’est passer du cri au murmure, du tumulte extérieur à la vibration d’une tubulure interne. 
Tópec ne fait plus face aux éléments : il devient lui-même l’écho de ses propres paysages, un point de rencontre entre la rugosité de l’objet et la clarté d’une nappe électronique.
Une bien belle perspective de recherches musicales !

Alexis Kasparians / Février 2026
Tirésias.
Inspiré.Visionnaire. Surréaliste. Laborantin. Désuet. Désespéré. Eternel. Insensé. Pouilleux et galactique. Tópec sent sans voir, pas besoin de voir pour savoir. Tópec sait sans savoir, ni comment ni pourquoi.Tópec déclame et partage. Même sans comprendre. Surtout sans comprendre. Le chant du monde, les arbres et le vent. A qui souhaite l’écouter. A qui souhaite l’entendre. Echo de l’univers immense. Là dans le noir profond de la peur. Où luit toujours même en pleine nuit la lumière du jour à venir, là jusque dans le fond la salle. Où réside toujours les coeurs de celles et ceux qui regardent. Le désir de la vie, la fièvre de l’existence, la joie du possible d’amour et de beauté qui reste toujours à déployer, à nourrir, 
À ressemer.
Tópec se donne à voir devant tous leurs yeux. Comme un arbre patient. Comme une petite taupe hésitante. Comme une étoile brillante et pourtant déjà passée.
De jour comme de nuit, de nuit comme de jour, tous les jours de nuits et toutes les nuits des jours.
Toujours prendre la pelle du jardiner ou le bâton du berger pour mener sa route inconnue, en confiance.
Tópec mène avec lui celle ou celui qui en aura envie, pour lui raconter ses histoires au clair de la lune psychédélique, sous le projecteur aveuglant, sur la scène qu’il ose fouler.
Tópec se présente, coeur nu et nez dressé, coeur ouvert et nez curieux.
Et même si un brin cassé, prêt à nous emmener, à nous re-raconter, à refaire rêver pour ne pas oublier.

Coriolis.
Au dehors, Tópec explore avec sa longue vue de bois et son chien de ficelle.
Au dehors, Tópec guette, récolte, et raconte. Il raconte sa quête solitaire dans l’espoir de rallumer l’envie des yeux. De réveiller les désirs d’explorations sans but, pour le simple plaisir d’exister dans le monde, en chacune et en chacun.
Au dedans, si Tópec y entre seulement, s’il trouve la scène et le public installé là comme ses petites taupes qui attendent, espèrent, écoutent la poésie du soir, là comme les arbres qui parlent 
même quand on les écoutent pas, là dans le noir, dans la nuit avec leurs yeux ouverts et leurs cœurs à semer.
Si Tópec y pénètre comme dans la forêt, s’il s’y aventure comme dans la vie, c’est peut-être pour devenir pinceau, couleur, et sceau. C’est peut-être pour nous dépeindre la grande fresque de ses observations, de ses élucubrations, des ses déceptions et de ses nouvelles propositions.
Savant inculte, amant du monde insensé et immense, plein de la beauté qui n’existe pour personne que pour celle ou celui qui s’arrête et regarde. Tópec souhaite et espère que peut-être que l’on s’arrête, assis dans le noir de la salle, c’est déjà un bon début.
Tópec souhaite et espère que peut-être que l’on puisse écouter d’abord, regarder aussi, avec patience, curiosité et amour. Pas de patience pour lui, pas de curiosité pour lui, pas d’amour pour lui. Mais patience pour la vie qui arrive, curiosité pour soi qui se transforme, amour de ses propres envies de vie. Le regard sur lui et l’attention tournée vers soi en double hélice Coriolis.
Tópec souhaite et espère que peut-être qu’ensuite, qu’à notre tour, au bout de ce jour de nuit, au terme de cette nuit de jour, que l’on parte en exploratrice et en explorateur du monde. Grâce au noir le salle, nourri de nuit. Pour mieux retrouver le jour, sans nulle crainte de la nuit, sans aucune peur du jour.
La vie à nouveau mythifiée, rendue à sa dimension légendaire et merveilleuse.
Tópec magicien du rien du tout, s’arrête un temps. S’arrête le temps juste. S’arrête le temps qu’il faut pour que l’eau calmée laisse voir ses profondeurs. Pour qu’en soi s’ouvre l’espace d’accueillir, de recevoir et de croire, sans voir.
Car le mouvement de la nuit vers le jour ou du jour vers la nuit reste invisible et pourtant se déploie comme Tópec qui comme un muet aboie, de nuit comme de jour. Au dedans et au dehors. De haut en bas et de bas en haut. Car peut-être que si Tópec, lui ne souhaite qu’une chose, c’est bien qu’avec le monde de tout notre être l’on crie à nouveau de joie.

Février 2026 / Chantal Joblon
Comme à corps perdu dans l’immensité de ce que l’homme a de beauté. Creuser dans le sens profond où la sensibilité n’existe plus. Seule la sensation rayonne, sans notre intelligence, comme des paradoxes qui bouleversent les règles, du jeu. Ce mélange explosif entre nous… ne peut que atteindre… la recherche de la « Beauté » y a qu’ça de vrai.
Comme si je m’étais mis face à face avec les souffrances de tout le monde, tu t’y perds, et toi, Jérôme, tu débarques en me faisant rêver…comme un arc-en-ciel après la pluie. C’est ça qu’on leur donnera l’arc-en-ciel après les pluies dévastatrices. On ne peut que ça et encore ça, c’est la beauté. Elle se cachera toujours partout. Le chemin est long ou utopiste ou ou ou …mais j’m’en fous. Il sera toujours là même sans nous.
Ben voilà y a pas de mots assez forts. Moi je te suis….
« Je fixais des vertiges » il disait Rimbaud. Les tiens de « vertiges » sont lumineux, doux, sans complication de fardeaux…peut-être juste rêveur..mais que ça fait du bien de les partager, ensembles comme une espérance inconnue, une espérance qui te dit intimement « ça vaut le coup de se relever » ou alors pour d’autres « bouge ton cul » ou « crois en c’que tu veux mais crois toujours » ou ou ou mais « nous sommes fait pour aimer »…et basta. Point final et ça, ça vaudra toujours le coup que ça prime.
Merci Jérôme. Je te suis.
Signé : terriblement optimiste, viscéralement intelligente, intellectuellement ça laisse à désirer.

Benoit Devos / Mars 2026
Tópec, il nous vient peut-être d’en haut. Ou d’en bas. En tout cas, il est là, il y reste, et il dit ce qu’il pense. Rejeton lointain du grand William, il nous embrouille. Et, dans sa langue post-apocalyptico-vibratoire, Tópec fait foin d’un sens pour mieux nous les tous souffler. Patouillant dans le courant sans fin, il navigue avec la forte conviction de sa grande naïveté.
Rugueuse délicatesse, il y a de la pudeur dans le désir de partage, de la force tendre aussi. Il nous fait le cadeau de sa maladresse, d’une liberté choisie entre chien et loup, de jour comme de nuit, le cadeau du coeur.

Denis Lavant / Mai 2026
En vue d’amener une réflexion autour du travail que nous avons entamé avec Jérôme et Tópec autour de 2 soleils. Pour essayer de comprendre s’il y a possibilité ou pertinence à mettre tout un propos savant ou poétique entre les lèvres d’un clown. Et surtout d’estimer s’il peut rester digne de son emploi en se prêtant à cet exercice langagier de longue durée :

Pour l’heure du Clown.
Alors, le plus facile et le plus délicat quand le Clown fait un ravage de lui même avec les biens qui lui sont donnés : l’esprit, la parole et le geste ; trois élément qui constituent la quintessence de l’humain.
Le Clown n’est pas animal ni végétal ni minéral, mais comme il les comprend, ces trois manifestations naturelles et peut à ce point passer par elles qu’on les confondraient avec lui :
Par un signe il est caillou, par un signe il est futaie, par un signe il est fauve ou herbivore ou gallinacé, il suffit qu’il y croie.
Mais la parole comment y accédera t-il tout en restant tous les possibles incarnés, à la même seconde et au même endroit ?
Faudra t-il que la parole vienne à lui par delà les sons, ou plutôt du profond de la forge du verbe, là où le mot n’est qu’un magma partie prenante du tout humain ?
Qu’il soit, lui, comme un instrument entre les mains de l’expression sonore et articulée, traversé par elle comme il est traversé par l’expression ?
Comme un poto télégraphique dont les haubans sont pris de vibrations musicales à l’approche des grands vents.
Et quand je parle de ravage, c’est que le Clown doit laisser place, non à la possession, comme dans les transes tribales où les béatitudes inspirées, mais être en lui, le vide qui va laisser passage au trouble de la parole et donc au sens.
Aïe Aïe Aïe, et c’est là que le bât blesse, que l’embûche arrive.
Car s’il y a sens, il faut croire qu’il y a domination de l’intellect, qu’il y a joug et conduite à tenir à travers syntaxe, locution, réthorique et prosodie.
Hé oui, mais sans les mains comme on conduirait une automobile sans toucher au volant et presqu’en fermant les yeux.
Tellement il doit posséder son propos que la parole doit sortir de lui comme un corps étranger qu’il n’aurait jamais entendu parler.
Comme une énormité qui le ferait jubiler lui même de se sentir la proférer.
Et telle elle sera reçue du spectateur comme une balourdise un peu obscène mais si pleine de saveur et de subtilité, de connaissance qu’elle le fera se gondoler comme s’il assistait à ses propres retrouvailles avec un propos qui lui est familier depuis toujours et qu’il ne s’attendait vraiment pas à trouver là.
Beckett le saisi fort bien qui mêle du quotidien extrêmement trivial à des situations emprunte d’une haute portée philosophique ou métaphysique.
Shakespeare aussi s’y entendait à merveille.
Ici, la radicalité du Clown, est de ne pratiquement plus jouer de situation mais d’être joué lui même dans sa situation de fantoche palabrant dans un désert de cerveau, causant à tort et à travers de toute connaissance.
Et même si sa parole est un flux en abondance il doit se laisser croire qu’il n’en est pas le maître et que sa seule capacité vis à vis de ce déversement savant, est d’en élargir, en augmenter ou en réduire l’émission.
Ou bien la canaliser dans les différents résonateurs de sa boîte à parole.
La faire monter en tête à contre propos.
Où la nasiller quand elle se veut sensuelle et généreuse en moral.
Où la faire descendre dans ses propres caves quand elle se voudrait légère, affranchie des pesanteurs.
Tel Grock, qui produit admirablement son fameux « sans blague », d’une voix de stentor presqu’effrayante et qui pourrait nous faire tomber de stupeur avec cette déflagration détournée d’une interjection aussi banale que sans conséquence apparente.
Or le Clown s’en tire souvent en parlant peu ou par petits accès timbrés dans le macaronique.
Mais pour tenter avec cette apparition monstrueuse et bénigne un discours bien senti et de haute volée poétique, le Clown doit pouvoir se rendre encore plus péremptoire que le pire pilier de bar qui répète sans se lasser le même propos à l’emporte pièce, prétendant convaincre son auditoire comme si c’était la première fois qu’il mettait l’esprit sur cette illumination des sens.
Ainsi le Clown peut redire la même chose ad libitum comme si c’était la première fois qu’il tenait un propos aussi vertigineusement sensé.
Et s’il met un peu de distorsion ou de grumeaux dans son élocution au reste irréprochable, ce sera encore bien venu quand il prétendra savoir parler de prétendument haute voix et d’un haut vol langagier.
Ainsi, Sol, ou Marc Favreau y excelle avec ce bon sens excessivement populaire émis en biscornus propos.
Mais il pourra aussi lancer tel discours rare et de haute portée philosophique en s’excusant presque de ressasser des banalités que chacun connaît trop bien.
Et tout cela, je veux dire cette façon de ou cette retenue langagière, le Clown doit savoir les mériter, en creusant, en crevant pour chaque accès de parole une issue dans son corps et trouver où se situe leur possibilité d’émission à travers ces postures et impostures.
Ainsi l’on ajuste certaines vieilles canalisations en les coudants les abouchant entre elles ou les tordant de façon grotesque pour donner libre cours au flux.
Et l’on agence ainsi toute une robinetterie du langage au long de quoi la moindre fuite est possible et bien souvent la bienvenue qui occasionne un jaillissement très pertinent là où on s’y attendait le moins.
Alors le Clown parlant doit s’appliquer à tordre et tourmenter son outil corporel pour donner cours à travers conduits, ouverture, chicane et étranglement aux turbulences et échappées sonores qui bâtiront son discours fluide ou rapiécé, heurté ou hoquetant, humble ou prophétique, sérieux comme dérisoire qui aura parcouru les détours et méandres de son corps rendu savant pour la plus grande des communications.

Alors essayons de mettre en activité la prise de parole au sujet du Clown avec cette certitude que le verbe n’est pas un véhicule réservé seulement à l‘expression d’une pensée cartésienne et raisonnable ou au subterfuge apprêté d’un divertissement prémédité mais qu’il peut être déflagration inspirée et drolatique au sein de la catastrophe humaine que représente à lui seul l’être clown dès son apparition sur le seuil de l’humanité.